ANAE N°151: La scolarité de l’enfant dyspraxique

ANAE N° 151

La scolarité de l’enfant dyspraxique

Vol 29 – Tome VI – année 2017

Dossier coordonné par Caroline Huron

(Unité de Neuroimagerie Cognitive, CEA, Inserm,

Université Paris-Sud, Université Paris-Saclay, Centre Neurospin)

Malgré une prévalence aussi élevée que celle de la dyslexie, la dyspraxie reste assez mal connue en France. Appelée trouble développemental de la coordination dans la littérature internationale, elle est définie par une coordination motrice significativement inférieure à la normale compte tenu de l’âge de l’enfant. Ce déficit de la coordination motrice doit avoir un retentissement sur la vie quotidienne et scolaire de l’enfant pour que l’ensemble des critères nécessaires à ce diagnostic soient réunis. Enfin, le trouble ne peut pas être expliqué dans sa totalité par un retard mental, une pathologie neurologique ou psychiatrique.

 

La recherche sur la dyspraxie ne fait que débuter. Beaucoup de questions sont donc encore sans réponse. Nul ne peut encore dire quelles sont les origines de ce trouble. Les mécanismes cérébraux qui sous-tendent les difficultés observées chez ces enfants n’ont pas été élucidés. Du point de vue des prises en charge thérapeutiques, la majorité des études échouent à mettre en évidence une efficacité avec un niveau de preuve suffisant pour valider la prescription systématique de ces interventions. En revanche, les difficultés rencontrées à l’école par ces enfants sont constantes et font l’objet des trois premiers articles de ce numéro.

 

Le premier article s’attache à décrire les difficultés d’écriture manuscrite des enfants dyspraxiques. Très fréquemment à l’origine de la première consultation médicale qui mènera ensuite à un diagnostic de dyspraxie, la dysgraphie est aussi un handicap majeur dans l’école d’aujourd’hui en France où l’écriture manuscrite garde une place centrale. Caroline Jolly en décrira les caractéristiques, expliquera les mécanismes qui la sous-tendent et recensera les techniques de remédiation en pointant leurs limites. Enfin, elle évoquera les moyens de compensation du déficit de l’écriture manuscrite qui peuvent permettre à l’enfant d’écrire autrement pour pouvoir suivre le rythme scolaire.

 

Un second article s’intéresse aux difficultés rencontrées en mathématiques par de nombreux enfants dyspraxiques. Du comptage de collections d’objets par pointage à la résolution des algorithmes spatiaux d’opérations posées, en passant par la géométrie, les obstacles sont multiples sur le chemin que doivent parcourir les élèves dyspraxiques pour apprendre les mathématiques. L’article montre néanmoins que la dyspraxie ne perturbe pas la compréhension des concepts et que de nombreuses solutions sont disponibles pour permettre l’apprentissage dans cette matière.

 

Dans un troisième article, Michèle Mazeau s’est intéressée à la question de la lenteur dans la dyspraxie. Très fréquente, elle est sous-estimée et rarement prise en compte dans les propositions d’aménagements des projets scolaires des enfants. Son impact sur la scolarité, bien qu’invisible, est pourtant majeur. L’article permet une meilleure compréhension de ce phénomène et propose des solutions à mettre en œuvre pour en limiter l’effet délétère sur l’ensemble de la scolarité.

 

Les deux articles suivants décrivent la mise en place pragmatique et concrète de solutions pour faciliter la scolarisation des enfants dyspraxiques.

Hervé Glasel et Marie-Gabrielle Wintenberger relatent l’expérience des écoles CERENE dans lesquelles enseignants et professionnels de santé interviennent côte à côte pour construire des projets au plus près des besoins des enfants qu’ils accueillent.

 

Enfin, Valérie Grembi, coordinatrice pédagogique et directrice de l’association Le Cartable fantastique, développe, à partir de son point de vue d’enseignante, sa vision de l’inclusion des élèves dyspraxiques au sein d’une classe ordinaire et propose des outils et ressources pour faciliter cette inclusion au quotidien dans la classe.

 

Dans l’ensemble, ces articles, s’ils mettent en évidence les difficultés que peuvent rencontrer les enfants dyspraxiques à l’école, montrent tous que la réussite scolaire de ces enfants est possible. L’échec scolaire est loin d’être inéluctable à condition que les moyens de compensation soient mis en œuvre pour que les enfants ne soient pas empêchés d’apprendre en raison de leur trouble de la coordination. Cela implique, comme nous y incite Cheryl Missiuna, à modifier l’environnement plutôt que de chercher à changer l’enfant. Cela nécessite aussi d’être convaincu que l’on peut être un enfant dyspraxique et un élève compétent.

 

Caroline Huron,

(Unité de Neuroimagerie Cognitive, CEA, Inserm,

Université Paris-Sud, Université Paris-Saclay, Centre Neurospin)

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